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LA MALEDICTION DU PONT

LA MALEDICTION DU PONT

Janvier 1281, Jehanne, orpheline âgée de quelques semaines, est recueillie par Enguerrand, chevalier du temple. S'installent alors une complicité et un amour paternel improbables entre la fillette et les cinq hommes qui vivent dans la commanderie de la chapelle du Pont.

A travers son hitstoire, inspirée d'une histoire vraie, c'est un voyage historique dans la ville d'Issoudun au 13ème siècle, époque où l'on condamne l'hérésie et qui va voir s'achever le règne des Templiers.

Le destin de Jehanne, et à travers elle, celui des Templiers de la Chapelle du Pont, vous touchera, transportera, et ne vous laissera pas indifférents.

 

1er chapitre offert:

Un après-midi d’août, j’avais rendez-vous chez moi avec une personne qui devait m’aider à revoir certaines de mes vies antérieures, par l’intermédiaire de l’hypnose. Elle ne connaissait rien de moi, et n’avait pas lu mes livres, elle était donc vierge de tout ce que j’avais déjà pu raconter sur l’histoire de ma maison.

 

            Avant de commencer, je lui proposais de faire le tour de mon jardin. Elle s’arrêta près de mon vieux cerisier, pensive. Elle voyait une petite fille perdue, assise par terre. La visite commençait bien !

 

            Elle me désigna un chemin qui traversait mon jardin dans sa largeur, me disant qu’il y avait des gens qui passaient à pieds, d’autres en charrette. J’écoutais attentivement tout en pensant qu’elle pouvait me raconter n’importe quoi, qu’il n’y avait pas une grande révélation dans ces visions. Elle commença alors à me dire des choses qui allaient alerter mon esprit et aiguiser ma curiosité.

 

            Il y avait un homme qui était là près de nous, devant le cerisier, et qu’elle avait vu passer avec sa carriole quelques minutes plus tôt. Cet homme brun, d’une soixantaine d’années, les cheveux gris très courts, les yeux lumineux, lui expliquait qu’il était là pour moi, qu’il me connaissait depuis D, mon ex mari. Je ne montrais aucun étonnement et me contentais d’écouter. Il était tout à fait possible que cette femme ait eu connaissance du prénom de mon ex époux, et cette révélation n’avait rien de sensationnel. La médium se contentait de répéter ce que son guide captait des pensées de cet homme puis les transmettait à Bernadette  habituée à communiquer avec elle. Le paysan parla de ma séparation avec D., évoquant mon étiolement et expliquant qu’avec lui je me perdais dans l’obscurité et la noirceur. La médium évoqua une trahison dont j’avais été victime, ce qui était effectivement le cas. Elle m’expliqua alors qu’elle avait demandé à l’esprit du paysan, par l’intermédiaire de son guide, de donner des détails permettant de prouver qu’elle était effectivement en contact avec une entité fiable.

 

            Jean, tel était son prénom, me révéla alors, toujours par le biais de Bernadette, qu’il me suivait depuis mon arrivée dans cette maison et que tous les prénoms qui étaient apparus dans mes romans ne sortaient pas de mon imagination mais qu’ils m’avaient tous été soufflés depuis l’au-delà. Voilà une révélation qui corroborait l’impression que j’avais eue à plusieurs reprises d’être guidée dans mon écriture. Pour le mystère de la chapelle du Pont, toute l’histoire de Jean Valette m’avait été montrée en rêve. Pour Voyages au-delà de la nuit on m’avait permis de « voyager » en dehors de mon corps et à plusieurs reprises, alors que j’étais sur ma terrasse, des prénoms étaient arrivés dans mon esprit et des images furtives avaient défilé devant mes yeux. Ces différentes visions, nocturnes ou diurnes, m’avaient fait écrire comme sous la dictée, des bribes d’histoires que je pensais tout droit sorties de mon imagination, qui était à certains moments plus fertile qu’à d’autres.

 

            Jean semblait donc être celui qui me soufflait les histoires que j’écrivais. Mais qui était donc cet homme qui me suivait depuis plusieurs années.

            D’ailleurs, me connaissait-il depuis mon divorce avec D et mon arrivée dans cette maison, me connaissait-il à l’époque de ma vie avec lui, ou avions-nous un lien plus ancien ?

 

            J’étais persuadée que l’on m’avait guidée vers cette maison, ce pouvait-il que ce soit Jean qui m’y ait attirée ?

 

            Ce Jean était-il le même que Jean Valette ?

La description et l’époque ne correspondaient pas du tout, mais l’âme des deux hommes était-elle la même ? Ce qui était certain c’est qu’avec Jean Valette nous nous connaissions depuis bien plus longtemps que ma vie actuelle. Le mystère restait entier et j’espérais bien l’éclaircir.

 

            J’osais lui poser une question à voix haute, ne sachant pas s’il l’entendrait, ou bien si la guide de Bernadette serait obligée de faire le lien. Il capta mes pensées mais c’est la guide qui transmit sa réponse à la médium :

 

-« Nous choisissons des personnes qui ont l’opportunité de nous entendre ! »

 

            Là, je m’étonnais à voix haute. J’étais effectivement capable d’envoyer mes pensées dans l’au-delà, comme certainement toutes les personnes qui y mettent de la volonté et de l’amour, mais j’étais bel et bien, et à mon grand regret, incapable de capter un éventuel retour. Il n’avait donc, à mon sens, pas trouvé la bonne personne. Sa réponse ne se fit pas attendre :

 

-« Avec le temps, ca va mûrir et donner quelque chose ! »

 

            J’avais déjà entendu cette affirmation plusieurs autres fois. Je n’avais jamais cherché à développer cette faculté si tant est possible que l’on puisse la travailler. Trois ans plus tôt cette notion de médiumnité était encore pour moi du domaine du farfelu et de la supercherie. Selon certaines personnes, celle-ci était donc en train de s’ouvrir et Jean semblait en être convaincu. Il continua sur un discours plutôt alarmiste :

 

« Les gens et l’univers vont mal ! On se sent obligé de venir vers des gens comme vous, car vous vous perdez ! Nous essayons de vous aider ! Nous sommes plusieurs à lui (en parlant de moi) donner des messages. Nous nous sommes battus, nous avons souffert ! Vos guerres ne sont pas nos guerres. Nous avons vécu des guerres permanentes qui duraient toute notre vie ! Nous étions esclaves de nos maîtres. Nous avons vécu bien pire que ce que vous vivez et pensez être difficile et pourtant nous étions plus heureux de vivre. Vous avez oublié l’essentiel de la vie, vous êtes dans la superficialité. Nous cherchons des personnes pouvant retrouver la vraie lumière et la diffuser autour d’eux. Vous faites, toutes les deux, partie de ces personnes-là !»

 

            Je relativisais alors les petites misères de nos vies actuelles, et les tragédies qui se produisaient trop souvent à mon goût, mais qui, je devais bien le reconnaître, n’avaient pas la même portée qu’au Moyen-âge. Jean était né le 7/04/1242 sous le règne de Louis IX, le Bon Saint Louis. Presque huit cents ans s’étaient écoulés depuis sa naissance, presque un millénaire, une période immensément longue à l’échelle de nos vies humaines, mais si courte dans la dimension universelle.

 

            Il était là, devant mon vieux cerisier, à discuter avec Bernadette, comme des personnes qui se rencontrent pour la première fois, pourraient le faire. Je participais à cet échange que la guide de la médium nous transmettait par son intermédiaire. Je ne voyais ni la guide, ni Jean, mais je percevais des manifestations sur mon corps qui étaient liées à une énergie particulière. Il faisait très chaud ce jour-là, où nous frôlions les trente-cinq degrés au soleil, et pourtant, mes bras et mon crâne étaient parcourus de frissons comme si j’avais froid. J’avais déjà ressenti ces manifestations dans certains lieux « chargés » notamment par endroit dans mon jardin, ou quand une amie médium entrait en contact avec un esprit. Jean, pour communiquer avec nous, déployait une grande énergie que nos corps arrivaient à capter. Je pensais que les esprits pouvaient percevoir notre présence en canalisant eux aussi notre énergie et nos pensées, mais je ne me doutais pas qu’ils puissent nous visualiser directement. Pourtant, Jean nous voyait telles que nous étions. Nous éclations de rire lorsqu’il demanda à la medium, vêtue d’une liquette blanche et d’un leggins court, si elle allait se « nuiter ». Il la pensait habillée d’une chemise de nuit. Quant à moi, il affirma me trouver bien à son goût et avoua que si nous avions vécu à la même époque, je lui aurai plu et il m’aurait certainement épousée. Les femmes rondes sont signe de bonne santé pour enfanter, et travailler durement aux travaux des champs. A cette époque, les femmes minces n’étaient pas prisées des hommes. Elles risquaient de mourir en couche, de ne pouvoir subvenir à l’allaitement des enfants, ou tout simplement ne pas pouvoir résister à une période de famine même légère.

 

            Ce Jean devenait particulièrement attachant et je regrettais de ne pouvoir ni l’entendre, ni le voir.

 

            La chaleur étouffante nous incita à rejoindre la maison. Après une discussion de plus d’une heure à l’ombre du cerisier, Jean nous suivit à notre grande surprise. Il s’arrêta cependant sur la terrasse, devant la baie vitrée ouverte. Il ne se permettait pas d’entrer tant qu’il n’y avait pas été invité. Il agissait ainsi avec ses maîtres et il continuait à respecter ce devoir huit cents ans plus tard. Me considérait-il comme une personne à respecter (je suis pourtant une femme), comme ses maîtres parce que je vivais dans une maison, ou plus exactement dans cette maison, à l’emplacement de celle où avaient vécu ses maîtres ? Ce qui était certain c’est que le logis qu’il avait connu n’était de toute façon pas la demeure dans laquelle je vivais aujourd’hui. Mais je savais par des communications avec d’autres esprits et d’autres médiums, que les esprits ne perçoivent pas forcément l’environnement tel qu’il est vraiment, mais se recrée celui dans lequel ils ont vécu. Ainsi j’avais dans mon salon une femme accroupie contre le foyer d’une cheminée qui n’existait pas chez moi. Je demandais alors à Bernadette si Jean pouvait être l’homme dont j’avais vu le visage un soir de janvier au-dessus de mon lit. Il réaffirma qu’il pouvait rentrer n’importe où mais ne s’en accordait pas le droit sans y être invité, et surtout dans la chambre d’une Dame. Je me sentais plus ou moins rassurée. Jean ne se permettait pas de pénétrer dans ma vie intime, mais était-ce le cas pour les autres entités présentes chez moi ? J’avais toujours cru que les esprits pouvaient se matérialiser quelques instants pour se faire voir, qu’ils pouvaient manifester leur présence en provoquant un contact physique (caresse, souffle, picotement, frôlement, changement de température…), ou auditif, mais j’étais persuadée qu’il ne ressentait de nous qu’une forme d’énergie, sans nous visualiser vraiment. Jean avait distinctement vu nos vêtements et il avait particulièrement apprécié mes formes généreuses. J’allais dorénavant vivre différemment mes passages dans la salle de bain…

           

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