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LE MYSTERE DE LA CHAPELLE DU PONT

LE MYSTERE DE LA CHAPELLE DU PONT

Octobre 2012, dans une petite ville de la Champagne Berrichonne, des respirations étranges envahissent le jardi d 'une propriété où jadis fut bâtie une chapelle des Templiers.

Avec une histoire d'amour qui traverse les siècles comme fil conducteur, vous serez tour à tour transporté entre le 18ème et le 21ème siècles!

Avancez sur ce fil entre fiction et réalité, ouvrez des portes entre mondes réel, passé et actuel, et mondes invisibles mais non moins présents.

 

Pour vous donner une idée, voici le premier chapitre:

La journée s’achevait doucement, en ce mercredi de mai 2007, quand je me rendis avec mes deux enfants à l’agence immobilière où nous avions rendez-vous. Un peu plus tôt dans l’après-midi, l’agent immobilier m’avait téléphoné pour me proposer un bien qu’il venait de récupérer en exclusivité. Connaissant mes goûts pour m’avoir déjà fait visiter plusieurs maisons sans succès, il était persuadé que cette propriété-là allait me plaire.

             C’était une maison bourgeoise du début du 19ème siècle, située en périphérie du centre-ville, juste en bas de l’hôpital, et qui, bien que nécessitant de nombreux travaux, offrait un beau potentiel.

 Nous sommes arrivés devant un vieux portail gris bleu, dévoré par la rouille.

            La luminosité commençait à être moindre et les derniers rayons du soleil rendaient les ombres longues, ce qui ne nous découragea nullement, bien décidés que nous étions à trouver la maison de nos rêves pour fuir le douloureux divorce que nous étions en train de vivre.

            De toutes les maisons que nous avions déjà visitées, aucune n’avait déclenché un réel coup de cœur : Trop récentes, trop petites, trop sombres, sans caractère, sans âme… Arrivés devant la grille, alors que je posais ma main sur la poignée pour refermer le portail, je ressentis une sensation étrange.

            La poignée, froide au premier toucher, devenait chaude et il m’était difficile de la lâcher. Tout en la serrant dans ma main, je sentais une agréable plénitude m’envahir. Le temps semblait s’être arrêté. Les enfants et l’agent immobilier étaient déjà arrivés au milieu de la cour lorsqu’ils se rendirent compte que j’étais toujours à la grille.

Il y a un problème avec le portail ? » me lançait l’agent.

            Je sursautai subitement, repris mes esprits et lâchai finalement la poignée après avoir refermé la grille. Tout en rejoignant les enfants, j’essayais de comprendre ce que j’avais ressenti en touchant cette grille. Il s’était passé quelque chose d’étrange, impression que le temps s’était suspendu l’espace d’un instant. Je n’étais restée que quelques secondes à la grille mais des secondes qui m’avaient semblée plusieurs minutes. Je regardais tout autour de moi. Le groupe se trouvait dans une petite cour, bordée de bâtiments sur trois côtés. Des hortensias fuchsia en pleine floraison réfléchissaient les rayons du soleil couchant. Des roses trémières grimpaient ici et là, donnant à la cour un air de vacances sur la côte charentaise. Des lavandes et menthes nous offraient leurs effluves délicieux et envoutants qui nous enveloppaient au fur et à mesure que nous avancions dans la cour.

            La maison de deux étages surplombait cette petite cour. Les volets de bois gris, anciens, fermés, donnaient à la demeure un air triste, abandonné, aux prises avec le temps qui passe. La vieille porte en bois semblait attendre qu’une main caresse sa poignée. Les marches de pierre du perron luttaient contre l’envahissement des herbes folles. Face à la maison, un préau qui abritait une cuve devait servir d’atelier. Les pierres apparentes, les vieilles poutres et le plafond fait de planches de toutes sortes donnaient du cachet à ce bâtiment ancien.

            Dans le prolongement de la maison, une grande étable, toute en pierres apparentes également. En poussant la lourde porte en bois à deux battants, une chauve-souris, surprise, prit son envol et alla se réfugier sous une poutre. L’odeur de bétail et de foin chaud était toujours présente, malgré le nombre d’années sans habitant dans cette propriété. Des râteliers au mur retenaient toujours un vieux fourrage qui servait de nid confortable à toutes sortes de bestioles. Des murets de pierre de part et d’autre de l’étable, noircis par les frottements des animaux, attendaient impassibles, conservant toute la mémoire de ce lieu. Des bouts de ficelles, de paille, pendaient du plafond entre les poutres, sous les enchevêtrements de planches. Dès l’entrée dans cette étable, j’avais eu l’impression d’être plongée un siècle ou deux en arrière. Il semblait que cette étable n’avait connu aucune trace des temps modernes: pas d’électricité, une brouette en bois remplie de litière, des pelotes de déjection de chouettes…

            Nous nous sommes ensuite redirigés vers la cour pour entrer dans une autre grange qui jouxtait l’étable. Celle-ci était immense, très haute, des pierres apparentes, des poutres d’un autre siècle, une charpente faite de tenons, mortaises et chevilles de bois. De vieux meubles dormaient à l’étage, ouvert sur la grange. Là-aussi, l’impression que le temps s’était arrêté, que la vie contemporaine n’avait eu aucune emprise sur ce lieu. Il respirait la vie d’un autre temps. Tout était calme, malgré la proximité de la voie ferrée. L’impression qu’il y avait sur cette propriété, à l’intérieur et dehors, comme une bulle invisible, qui préservait les lieux de l’emprise du temps, et de l’atteinte de l’extérieur. Un sentiment étrange m’envahit : Une douce impression, comme une présence invisible. Je regardais mes enfants et l’agent immobilier pour guetter leurs réactions. Benjamin et Océane affichaient un enthousiasme non dissimulé. Mon fils imaginait déjà l’utilisation de cette grange : Sa propre maison, une salle de spectacle… il rêvait à voix haute.

            Nous nous sommes ensuite rendus dans ce qui avait été une écurie. Plusieurs chevaux avaient dû vivre là, il restait les marques de leur passage. Le sol était creusé à certains endroits, laissant ressortir de grosses pierres pavées très anciennes. Là encore, j’avais ce sentiment d’une présence, quelque chose qui cherchait à sonder mon âme. De retour vers la lumière du jour déclinant, je remarquais une fosse qui avait été utilisée pour le fumier. De vieux outils y avaient été abandonnés.

            Un peu plus au fond, à l’angle du préau avec la propriété voisine, un gros tas de charbon et des ferrailles de toutes sortes avaient été dispersés. Il y avait, tout autour de ce petit coin, un vieux muret de pierres surmonté de grilles de fer rouillé. Un petit bâtiment de pierre se dressait contre la grille : c’était d’anciens wc comme on en trouvait à l’extérieur des habitations au début de ce siècle. Deux vieilles pilasses semblaient délimiter une ancienne propriété dont le sol était surélevé par rapport à la cour. De ce passage partaient deux petits chemins qui se dirigeaient de part et d’autre d’une roseraie, vers un parc boisé. Une fois passé ce qui avait dû contenir un portillon, il me sembla arriver dans un autre lieu complètement différent, mystérieux. Il y régnait une quiétude, une plénitude bercée par des dizaines de chants d’oiseaux tous aussi mélodieux les uns que les autres. La roseraie était en pleine floraison et embaumait tout le jardin de parfums envoutants des vieilles roses. Le soleil était derrière nous et nos ombres précédaient nos pas. Nous avions tous les trois une envie grandissante d’avancer plus vite que l’agent immobilier, poussés que nous étions par le désir de découvrir ce qui se cachait derrière ces haies de buis. Nous avons donc pressé le pas, contourné le grand bâtiment de la grange pour nous diriger vers un arbre immense, un vieux laurier.

            Tout près du chemin, des planches formaient un cercle posé au sol. Il s’agissait d’un puits que nous n’allions découvrir qu’une fois propriétaires. Une autre cabane, beaucoup plus récente celle-ci, en tôle ondulée, avait vraisemblablement servi de poulailler. Nous ne nous sommes guère attardés dans ce petit coin, poussés par une indescriptible envie d’aller plus loin, dans cette étroite allée bordée de très vieux buis. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir un labyrinthe de verdure qui parcourait le jardin, nous dévoilant ici et là des essences d’arbres et arbustes de toutes sortes, dont certains étaient très anciens. Au détour d’un chemin, une vieille pergola de chèvrefeuille avait dû être le témoin de scènes romantiques. Ce sous-bois respirait le bien être, la tranquillité, la sérénité, mais tout autant le mystère et la magie. Nous n’aurions pas été étonnés de voir surgir du pied d’un arbre, un petit elfe ou une fée, au milieu de la mousse. Un tapis de cyclamens nains semblait vouloir faire passer un message. Cette propriété, où plus personne ne vivait depuis plusieurs années, ne voulait pas être oubliée et abandonnée. Nous avons déambulé un long moment dans ce jardin, tous animés par un plaisir non dissimulé. Je n’avais pas encore visité la maison que déjà ma décision était prise et je savais, sans le leur avoir demandé, que mes enfants pensaient la même chose que moi. Cette propriété ne pouvait pas nous échapper, c’était elle que nous cherchions, ce serait là que notre vie allait recommencer !

            Nous avons quitté à regret ce jardin qui avait encore, on en était tous les trois persuadés, plein de secrets à nous dévoiler. Nous avons regagné la petite cour où la lumière n’était plus du tout la même. La pluie s’était mise à tomber sans que nous ne nous en apercevions, surement lorsque nous parcourions le labyrinthe. En montant les vieilles marches creusées par l’usure du temps, je posais machinalement ma main sur la vieille auge en pierre pour en ressentir sa force, son âme, comme j’aime le faire avec tout ce qui a traversé les décennies, voire les siècles. La pierre avait emmagasiné la chaleur du soleil et semblait vivante. Elle était douce et granuleuse à la fois. J’imaginais rapidement les animaux du domaine venant s’abreuver, les maîtres des lieux y versant l’eau tirée au puits. Il y avait là, un autre tas de planches formant un cercle qui dépassait de sous l’auge et allait jusqu’aux marches.

Etait-ce un puits, une entrée de souterrain ?

            Benjamin était déjà très intrigué par ce passage au sol et s’imaginait déjà découvrir un souterrain menant on ne savait où. La porte grinça, puis s’ouvrit sur un couloir où les cloisons avaient été cassées ; y restaient les lattes de bois remplies de torchis.

            Au sol subsistait un vieux carrelage en tommettes rouges. Cette maison n’avait pas l’aspect d’une maison qui avait été habitée. Il y avait un sentiment de désordre, de colère. Des travaux de démolition semblaient avoir été entrepris mais abandonnés. L’agent nous a alors expliqué que la maison n’était plus habitée depuis de très longues années, mais que des gens l’avaient achetée il y a deux mois, avaient entrepris des travaux mais avaient subitement décidé de revendre sans vraiment d’explication. En riant, j’ai alors fait allusion sur les lieux qui étaient peut-être hantés et qui avaient découragé les nouveaux propriétaires. Une visite rapide des lieux me laissait entrevoir les possibilités d’aménagement de l’habitation. Sans attendre que je leur pose la question, mes enfants me firent part de leur souhait d’acheter cette maison-là et pas une autre. J’étais soulagée, nous étions tous les trois d’accord et aussi enthousiastes les uns que les autres. Pour être sûre que l’affaire ne nous passe pas sous le nez, j’en informais l’agent immobilier et je signais le compromis de vente le soir même en obtenant, de plus, une réduction sur le prix fixé.

            J’étais ce soir-là persuadée, au fond de mon âme et de mon coeur, que je venais de faire ma plus belle acquisition et que cette maison serait le havre de paix d’un bonheur retrouvé.

            Dès le lendemain, l’agence me permit de retourner visiter les lieux avec mes parents et mon frère. Alors que la petite famille faisait le tour de la propriété, je prenais le temps de revoir chaque recoin de la cour, des granges et étables. La maison en elle-même ne m’attirait pas ; j’entends par là, une attirance magnétique comme celle que certains coins de cette propriété provoquaient en moi, comme celle qui s’était produite avec la poignée de la grille la veille.

            La maison était plus récente que le reste des bâtiments. Elle devait être de la fin du 19ème siècle, alors que le préau et les granges dataient des 18ème et début 19ème siècles. Une pierre sur la grange était marquée du nom de celui qui l’avait posée : Jean Benoît Badinot 1842. Le préau semblait plus ancien, probablement le reste d’une ancienne bâtisse. Pour la première fois de ma vie, je ressentais des sensations étranges que je ne pouvais, ne savais pas interpréter. Il me fallut alors plusieurs années pour les apprivoiser, les comprendre.

            Quelques semaines passèrent avant la signature de l’acte de vente définitif. J’ai utilisé ce délai pour faire faire plans et devis pour aménager la maison et la rendre habitable.

Le 30 mai 2007, le lendemain de mon anniversaire, je devenais propriétaire d’une demeure que j’aimais déjà. Je me projetais des dizaines d’années plus tard, entourée de mes futurs petits enfants. J’étais certaine que cette maison deviendrait une maison de famille, la maison de NOTRE famille. Je me sentais bien dès que je franchissais le portail, comme lorsqu’après une longue absence, on revient chez soi, on retrouve ses repères. Il y avait ici quelque chose d’indéfinissable qui me faisait me sentir chez moi dans cet endroit qui pourtant ne m’était pas familier. Durant les trois mois suivants, les entreprises se succédèrent pour rendre habitable la maison. Il m’était apparu comme une évidence que la pièce à vivre serait dans l’étable. Dès la première visite, j’avais ressenti dans cette pièce une chaleur, un bien-être, une sérénité hors du temps. Il fallait cependant modifier la structure de l’habitation pour créer un passage entre la maison et cette étable qui n’était pas au même niveau. Les maçons ont percé un mur mais une partie du mur de l’étage s’effondra sans raison. La maison semblait ne pas vouloir se laisser faire. Mon souhait était de conserver les pierres apparentes mais devant l’ampleur du travail je me suis résolue à les recouvrir de placo tout en conservant un des murets. La petite porte de bois fut remplacée par une grande baie vitrée pour permettre au soleil d’inonder la pièce exposée plein sud comme toute la maison. Un grand tas de pierres blanches fut donc extrait du mur pour laisser place à la porte-fenêtre. J’ai utilisé plusieurs de ces pierres pour faire des bordures au jardin et le reste fut entreposé près des pilasses. Le tas de fumier a été débarrassé, vidé, et dans cette fosse nous avons décidé de faire un bassin. Je ne peux concevoir un lieu de vie sans une pièce d’eau. C’est un endroit privilégié pour se ressourcer, retrouver le calme et le réconfort. Des poissons y ont été placés, ainsi que des têtards qui sont devenus grenouilles. Des libellules sont arrivées. L’équilibre du bassin s’est fait naturellement et ce qui était un tas de fumier immonde est devenu un endroit très apprécié par la famille. Il s’est rapidement imposé à nous qu’il fallait élargir cet espace par une terrasse. Le tas de ferraille a été débarrassé par Benjamin, et dans les décombres, il trouva une pierre gravée d’une croix pattée. Dès qu’il la découvrit, ses yeux s’illuminèrent. Il était passionné par les templiers et il connaissait parfaitement la forme de cette croix.

            Tout en continuant à déblayer le tas d’immondices, il arriva sur une dalle de fer rouillée très épaisse. Que pouvait-il y avoir dessous ?

            Tout à coup, ses yeux se fixèrent sur la base du mur de pierre du préau attenant. Il y avait là, au ras du sol, une voûte comblée de pierres. Seul le haut de la voûte ressortait du sol. Il fallait absolument savoir ce qu’il y avait sous cette dalle de fer et voir comment se poursuivait la voûte. Mon fils souleva donc cette dalle, mais sa déception fut grande lorsqu’il découvrit dessous des pierres et de la terre. Curieux de savoir d’où venait cette voûte, Benjamin creusa, des jours et des jours durant, pendant plusieurs semaines, sans relâche. Des brouettes et des brouettes se remplirent de terre, de pierres, et un énorme tas se forma au bout du jardin. La voûte se poursuivait toujours plus loin et Benjamin n’en voyait jamais la fin. Il se rendit compte très vite que le trou qu’il était en train de creuser était entouré de murs de pierres. Cela ressemblait à une sorte de grand puits, mais ni rond, ni carré. Il y avait 8 petits murs, c’était un puits de forme octogonale, d’environ 2 mètres de diamètre. Au bout de plusieurs mois, Benjamin était descendu de 2 mètres sous le niveau du sol. On ne savait toujours pas jusqu’où allait cette descente. On aurait dit une tour qui descend dans les entrailles de la terre au lieu de se dresser vers les cieux.

Quel mystère pouvait renfermer cette entrée en terre ?

Etait-ce une entrée de souterrain, un four, une cheminée, la base d’une tour ?

 

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