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UNE QUETE EN HERITAGE

Ce livre est bien plus qu’un roman. Il est l’aboutissement d’une longue quête, quarante ans de recherches généalogiques pour combler une absence, celle que mon arrière-arrière grand père a créé dans la vie de son fils, et dont j’ai hérité en venant au monde. Je rends à travers ce livre un hommage aux quatre générations d’hommes qui m’ont transmis mon patronyme, que je porte avec grande fierté. J’ai en quelque sorte bouclé la boucle de près de cent quarante ans de questions, d’incompréhension, d’un sujet tabou que la famille taisait et portait comme un fardeau. Petit à petit, j’ai reconstitué le puzzle de la survie d’un homme et je suis convaincue qu’il m’a guidée dans cette longue enquête.

1- CLOS SAINT JEAN
LANDES, 1959
La journée se terminait. La chaleur accablante de l’après-midi laissait place à une soirée relativement douce en cette mi-juin. François était allé s’asseoir comme chaque soir sur la chaise en bois qui restait en permanence devant son hangar garage. Comme chaque soir, il s’asseyait à l’envers, ses jambes de chaque côté de la chaise, et ses bras croisés sur le dessus du dossier. A portée de main, sur une petite table en fer forgé, il avait posé son paquet de tabac cubique, la petite ramette de papier à cigarettes, ainsi que la bouteille de liqueur anisée, le verre culotté et une carafe d’eau. Au coin de la bouche, sous sa moustache, une vieille cigarette roulée, en partie consumée, qui avait été cent fois éteinte et cent fois rallumée. Fièrement, il portait son vieux béret landais, qui avait été noir, mais que la pluie et le soleil avaient délavé, et qui lui avaient donné une couleur grisonnante.
Comme chaque soir, il posait sa tête sur ses mains et il fermait les yeux. Il approchait des quatre-vingts ans et l’énigme demeurait intacte. Il mourrait sans savoir, sans connaître la vérité, sans avoir pu faire le deuil de ce père qu’il n’avait pour ainsi dire pas connu et pour lequel il avait passé une partie de sa vie à chercher. Chaque soir il repassait devant ses yeux les dernières images de celui qui lui avait donné son prénom. Les derniers souvenirs qu’il en gardait, c’était en juin 1880, alors qu’il avait tout juste deux ans, un âge où la mémoire à long terme n’est pourtant pas encore fixée.

2- LE BOULOU
PYRENEES ORIENTALES, JUIN 1880
Les images qui défilaient sans cesse devant ses yeux avaient pourtant été mémorisées. A force de les revoir, François avait fini par se demander si elles faisaient partie d’une vérité vécue, ou si son cerveau les avait créées entièrement.
Ce jour-là, en fin de journée, au Boulou, petite ville des Pyrénées Orientales, au pied du Mont Canigou, la montagne sacrée des Catalans, sous la chaleur d’un soleil encore brûlant, il donnait la main à son papa, suivi par ses grands-parents, ses oncles et tantes. On lui avait mis ses beaux habits du dimanche, ceux pour aller à la messe. Il gardait en mémoire l’image d’un homme, tout de noir vêtu, le chapeau couvrant un visage rond, et des yeux rougis de chagrin et remplis de larmes. Ils marchaient solennellement suivant une carriole tirée par une mule. Un long coffre de bois posé sur des voilages noirs, le cercueil de sa mère, sautait par moment au gré des cailloux du chemin. Il n’avait pratiquement aucun souvenir de son père, à part celui-là, tragique, dramatique, que son âme d’enfant avait dû refouler dans les pénombres de son esprit.
François, malgré son jeune âge, ressentait la tristesse du moment mais aussi l’amour et la compassion qui l’entouraient lui et son père. La veille, il avait embrassé sa maman pour la dernière fois. Ce jour, qui lui avait apporté une petite soeur et qui aurait dû être un jour de fête pour la famille, tourna soudain au drame.

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